22 juillet 2010

Silence, on tue !

Aujourd'hui, j'aimerais vous présenter ma « tutrice » de l'Ecole de rédaction (http://www.qualityofcourse.com/français/ecole.asp), l'écrivain Sylvie St-Laurent-Vézina: Après avoir travaillé vingt ans dans le domaine du secrétariat médical, elle élabore son premier roman Les caprices du destin (1993 - Presses d'Amérique) lors d'un cours de rédaction. Voici un extrait de son dernier livre intitulé comme cette note de mon blog : « Silence, on tue ! »

 

« Le tapuscrit est terminé. Il a été posté. Dans sa naïveté de débutant, Maxime croit qu'il a écrit le chef-d'œuvre du siècle. L'auteur se voit déjà adulé. Les gens s'alignent pour le rencontrer lors d'une séance de signatures. Son roman est tellement palpitant qu'un producteur veut l'adapter pour le cinéma.

 

Il a le droit de rêver pendant que l'attente se prolonge. Trois mois plus tard, il n'a pas reçu de réponse à son envoi même s'il avait demandé un accusé de réception. Il téléphone à la maison d'édition. On lui apprend que dans le meilleur des cas, on pourra lui donner signe de vie dans trois autres mois, peut-être plus. Il ne sait pas encore que dans le pire des scénarios, il ne recevra jamais un mot, pas même une lettre de refus.

 

Suivant les conseils d'un auteur chevronné, Maxime décide d'envoyer son manuscrit à plusieurs maisons, simultanément. Un matin, dans la boîte aux lettres, il trouve une enveloppe à l'entête de l'une d'elles. Il la décachette avec fébrilité. Il est à quelques secondes de voir son rêve se réaliser.

 

Monsieur,

Nous avons pris connaissance de votre manuscrit et nous avons le regret de vous informer qu'il n'entre pas dans le cadre de nos collections, qui sont établies en fonction des besoins de l'heure et de l'exiguïté du marché.

Nous profitons de l'occasion pour vous remercier de l'intérêt que vous portez à notre maison d'édition...

 

Le premier choc passé, l'auteur se dit qu'il lui reste encore quelques chances. Il retrousse ses manches, ressort ses crayons et continue de pondre son deuxième chef-d'œuvre en attendant que le premier soit reconnu.

 

Quelques jours plus tard, Maxime lit, incrédule :

 

... Malgré la qualité de votre ouvrage, notre maison d'édition n'est pas en mesure de le publier. Votre roman n'entre pas dans nos priorités éditoriales.

 

Le même scénario se produit la semaine suivante, en des termes semblables :

 

... Votre roman ne correspond pas à nos politiques éditoriales.

 

Quelles sont donc ces politiques éditoriales ? demande l'auteur. Il ne le saura pas. Sa demande restera lettre morte.

 

« Notre agenda éditorial est complet jusqu'en 2010 », lui apprend le quatrième éditeur, le mois suivant.

 

Au moment où le désespoir le guette, il se souvient que Margarett Mitchell a essuyé 17 refus avec Autant en emporte le vent avant d'être éditée. Maxime espère ne pas battre le record de cette dernière.

 

« Le roman que vous nous proposez n'est pas sans qualités ni intérêts, mais nous sommes au regret de vous annoncer que nous ne pouvons pas le publier. Recevant plusieurs manuscrits par semaine, nous devons effectuer un choix qui, la plupart du temps s'avère difficile. De plus, comme notre programme de publication est complet pour l'année prochaine, nous sommes dans l'obligation de privilégier les textes qui appellent de près notre sensibilité.

Nous vous remercions d'avoir pensé à nous et nous vous souhaitons bon courage dans vos futurs projets. »

Maxime s'étonne de ne jamais recevoir de critique constructive. Si on lui disait par exemple à quel endroit il doit élaguer ou développer, quel point retravailler ou quoi peaufiner, il le ferait sans hésitation.

 

En réponse à ses prières, le sixième éditeur joint une grille d'évaluation du roman.

Après le titre du tapuscrit, il lit les critères dont le comité de lecture a tenu compte.

 

Syntaxe : 10/10

Orthographe : 9/10

Ponctuation : 9/10

Vocabulaire : 10/10

Transitions : 10/10

Style : 10/10

Intérêt : 9/10

Cohérence : 10/10

Crédibilité : 10/10

Originalité : 8/10

Libre de clichés : 10/10

Libre de jugements : 10/10

Total : 115/120

Clientèle visée : Adultes

Recommandation pour l'édition : oui.

Maxime jubile. Enfin, une année de travail sera couronnée. Il lance des hourras, il remercie Dieu même s'il est plus ou moins croyant et danse sur place. Il ne marche pas, il plane. Il se trouve sur un petit nuage de gloire, au-dessus des gens ordinaires.

 

Toutefois, il revient bien vite sur terre, lorsqu'il lit, ahuri, la lettre que l'éditeur a jointe à l'envoi :

 

« Malgré les recommandations positives de mon comité de lecture, je me vois dans l'obligation de refuser votre roman.

Le marché potentiel m'incite à la prudence. Je suis persuadé que j'aurais du mal à le vendre. Continuez, si ce n'est déjà fait, votre recherche d'éditeur.

Je vous souhaite la meilleure des chances dans vos projets d'écriture.»

 

Après une nouvelle comme celle-là, pense Maxime, je n'aurai pas besoin de chance, mais D'UN MIRACLE.»

 

Si cet extrait vous a donné envie de lire plus de Sylvie St-Laurent-Vézina, le livre peut être commandé en version papier ou numérique sur le site internet de l'auteur http://www.manuscritdepot.com/a.sylvie-st-laurent.1.htm.

 

Bonne lecture et bonne journée.

 

Pierre Scherb

www.pierrescherb.ch

08:23 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : canada, école de rédaction |  Facebook | | | |

Commentaires

Merci pour votre réponse que je ne contredis pas.
Pierre Scherb

Écrit par : tiffany earrings | 27 juillet 2010

Quand le beau persifleur les frotte à la panosse
Voici tous nos puissants récurés jusqu'à l'os!

Écrit par : links of london jewelery | 27 juillet 2010

C'est faire bien d'honneur à cet individu que de lui répondre. Le silence est d'or.

Écrit par : pandora bracelet charms | 27 juillet 2010

tried to think so, but i found it was not as the same in the actual process. As you mentioned, I still have doubts, but really thank you for sharing!

Écrit par : tiffany atlas | 28 juillet 2010

Thank you very much. I am wonderring if i can share your article in the bookmarks of society,Then more friends can talk about this problem.

Écrit par : pandora style charm | 28 juillet 2010

Une impressionnante collection de lettres de refus d'éditeurs :

http://refusdediteurs.webs.com/

Écrit par : Scribonius | 21 novembre 2010

Bonjour,
Merci pour cet article.
Je me suis inscrite à la même école de rédaction (et j'avais la même tutrice) il y a quelques années.Cependant je n'ai effectué que quelques modules par manque de temps; j'avais ensuite progressivement laissé tomber car j'avais trouvé que les livres fournis étaient un peu "rapides " et les devoirs très (trop) différents. On aborde trop vite la structure du roman mais on oblige à faire tous les genres; sans pour autant que cela corresponde à notre projet personnel d'écriture,avec une façon d'écrire qui parfois sonne faux à nos oreilles françaises (et oui! le canadien c'est pas pareil)...Et enfin, la connaissance du marché qu'ils ont est, évidemment, plus spécialisée vers le Canada que la France (logique me direz-vous! mais ça pourrait expliquer les nombreux déboires ci-dessus: Pas adapté à la demande éditoriale)?
CEPENDANT, Les conseils de la tutrice étaient constructifs, intéressants, bienveillants aussi...J'ai toujours regretté de ne pas avoir continuer les cours et, ces derniers temps, l'envie de m'inscrire à nouveau dans cette école me taraude!(car en France c'est trop cher ou trop court ou les deux lol)...Mais en voyant votre article je me demande...Finalement Maxime à t-il était publié?

Écrit par : Oscarsama | 13 mars 2015

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