23 janvier 2011

La guerre

 

Le monde se prépare à une nouvelle guerre, en Côte d'Ivoire cette fois-ci. Quel meilleur moment de se rappeler ce que Madame Louise-Victorine Ackermann a écrit à son sujet, le 8 février 1871. Voici donc les deuxième et troisième parties de son poème :

 

« II

Si vivre c'est lutter, à l'humaine énergie

Pourquoi n'ouvrir jamais qu'une arène rougie ?

Pour un prix moins sanglant que les morts que voilà

L'homme ne pourrait-il concourir et combattre ?

Manque-t-il d'ennemis qu'il serait beau d'abattre ?

Le malheureux ! il cherche, et la Misère est là !

 

Qu'il lui crie : « A nous deux ! » et que sa main virile

S'acharne sans merci contre ce flanc stérile

Qu'il s'agit avant tout d'atteindre et de percer.

A leur tour, le front haut, l'Ignorance et le Vice,

L'un sur l'autre appuyé, l'attendent dans la lice :

Qu'il y descende donc, et pour les terrasser.

 

A la lutte entraînez les nations entières.

Délivrance partout ! effaçant les frontières,

Unissez vos élans et tendez-vous la main.

Dans les rangs ennemis et vers un but unique,

Pour faire avec succès sa trouée héroïque,

Certes ce n'est pas trop de tout l'effort humain.

 

L'heure semblait propice, et le penseur candide

Croyait, dans le lointain d'une aurore splendide,

Voir de la Paix déjà poindre le front tremblant.

On respirait. Soudain, la trompette à la bouche,

Guerre, tu reparais, plus âpre, plus farouche,

Écrasant le progrès sous ton talon sanglant.

 

C'est à qui le premier, aveuglé de furie,

Se précipitera vers l'immense tuerie.

A mort ! point de quartier ! L'emporter ou périr!

Cet inconnu qui vient des champs ou de la forge

Est un frère ; il fallait l'embrasser, - on l'égorge.

Quoi ! lever pour frapper des bras faits pour s'ouvrir !

 

Les hameaux, les cités s'écroulent dans les flammes.

Les pierres ont souffert ; mais que dire des âmes ?

Près des pères les fils gisent inanimés.

Le Deuil sombre est assis devant les foyers vides,

Car ces monceaux de morts, inertes et livides,

Étaient des coeurs aimants et des êtres aimés.

 

Affaiblis et ployant sous la tâche infinie,

Recommence, Travail ! rallume-toi, Génie !

Le fruit de vos labeurs est broyé, dispersé.

Mais quoi ! tous ces trésors ne formaient qu'un domaine ;

C'était le bien commun de la famille humaine,

Se ruiner soi-même, ah ! c'est être insensé !

 

Guerre, au seul souvenir des maux que tu déchaînes,

Fermente au fond des coeurs le vieux levain des haines ;

Dans le limon laissé par tes flots ravageurs

Des germes sont semés de rancune et de rage,

Et le vaincu n'a plus, dévorant son outrage,

Qu'un désir, qu'un espoir : enfanter des vengeurs.

 

Ainsi le genre humain, à force de revanches,

Arbre découronné, verra mourir ses branches,

Adieu, printemps futurs ! Adieu, soleils nouveaux !

En ce tronc mutilé la sève est impossible.

Plus d'ombre, plus de fleurs ! et ta hache inflexible,

Pour mieux frapper les fruits, a tranché les rameaux.

 

III

Non, ce n'est point à nous, penseur et chantre austère,

De nier les grandeurs de la mort volontaire ;

D'un élan généreux il est beau d'y courir.

Philosophes, savants, explorateurs, apôtres,

Soldats de l'Idéal, ces héros sont les nôtres :

Guerre ! ils sauront sans toi trouver pour qui mourir.

 

Mais à ce fier brutal qui frappe et qui mutile,

Aux exploits destructeurs, au trépas inutile,

Ferme dans mon horreur, toujours je dirai : « Non ! »

O vous que l'Art enivre ou quelque noble envie,

Qui, débordant d'amour, fleurissez pour la vie,

On ose vous jeter en pâture au canon !

 

Liberté, Droit, Justice, affaire de mitraille !

Pour un lambeau d'Etat, pour un pan de muraille,

Sans pitié, sans remords, un peuple est massacré.

- Mais il est innocent ! - Qu'importe ? On l'extermine.

Pourtant la vie humaine est de source divine :

N'y touchez pas, arrière ! Un homme, c'est sacré !

 

Sous des vapeurs de poudre et de sang, quand les astres

Pâlissent indignés parmi tant de désastres,

Moi-même à la fureur me laissant emporter,

Je ne distingue plus les bourreaux des victimes ;

Mon âme se soulève, et devant de tels crimes

Je voudrais être foudre et pouvoir éclater.

 

Du moins te poursuivant jusqu'en pleine victoire,

A travers tes lauriers, dans les bras de l'Histoire

Qui, séduite, pourrait t'absoudre et te sacrer,

O Guerre, Guerre impie, assassin qu'on encense,

Je resterai, navrée et dans mon impuissance,

Bouche pour te maudire, et cœur pour t'exécrer ! »

 

Pierre Scherb

 

Lien pour prendre contact : www.pierrescherb.ch

 

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Commentaires

Ce qui se passe en Côte d'Ivoire est exactement ce qu'il se passera en France dans 25 ans, c'est mathématique, les islamistes au pouvoir !

Écrit par : Corto | 23 janvier 2011

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