28 janvier 2011

Côte d'Ivoire : les spectres de Thomas Sankara et Patrice Lumumba

 

Derrière la bataille pour la présidence entre Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo semble se cacher un autre phénomène : la lutte de l'Afrique pour son indépendance. Il n'est donc pas étonnant que les noms de deux héros de cette lutte refont surface, assassinés aux yeux de nombreux Africains avec l'assentiment des puissances coloniales que furent la Belgique et la France.

 

Pour éclairer davantage ce point de vue, je vous propose un article de l'auteur OBAME NGOMO publié par Mongabon, le 9 janvier 2011 :

 

«  Laurent Gbagbo sur la voie de Lumumba et Sankara

Lumumba.jpgDerrière la simple bataille électorale en Côte d'Ivoire remportée par Laurent Gbagbo, les peuples africains avides de liberté et d'égalité y voient l'opportunité de l'instauration d'une nouvelle donne politique en Afrique. Autrement dit, les populations du continent noir, le plus riche de la planète, sont plus que jamais débout pour revendiquer la libération de leur terre par des prédateurs inhumains qui n'ont que pour seules ambitions l'appauvrissement sans état d'âme de millions d'individus qui se sont pourtant toujours montrés pacifiques.

En effet, c'est du côté de l'Afrique de l'Ouest, au Sénégal, que le malheureux de milliards d'africains est venu, c'est également de ce même côté du continent, en Côte d'Ivoire, que la réparation de la réduction de nos peuples en esclaves semble sortir. En d'autres termes, souvenons nous que le combat du devenir et de l'avenir de l'Afrique s'est joué entre deux fils de l'Afrique de l'Ouest : Léopold Sédar Senghor et Nkame Nkrumah. Le premier, soutenu par l'Occident comme Alassane Ouattara, était pour l'Afrique des états quand le second, vilipendé et torpillé par ces mêmes occidentaux, vantait la nécessité vitale des Etats-Unis d'Afrique.

Et pourtant, nous nous apercevons avec fierté pour certains et regret pour d'autres que c'est sur le modèle ambitieux de Nkrumah que les autres continents ont choisi pour tenter d'affronter les grands changements qui s'opèrent dans un monde en perpétuels mouvements.

En fait, sans retracer le triste passé de nos cinquante première années dites d'indépendance, nous pouvons aisément affirmer que la voie qui nous avait été imposée par l'Occident avec la minable collaboration de Léopold Sédar Senghor ne fut pas la bonne. Car comme nous le savons, celle-ci a consisté à parcelliser l'Afrique, à diviser ses peuples, à profiter abusivement de ses richesses humaines et naturelles et à fragiliser ses potentiels fils en proie à de nobles valeurs : honnêteté, générosité, dialogue, respect, humilité, etc.

C'est dire que nos pères, Nkame Nkrumah, Patrice Lumumba, Habib Bourguiba, Sékou Touré, Nelson Mandela et le jeune Thomas Sankara, combattants de la véritable libération du continent noir avaient été de bons visionnaires. D'ailleurs , dans les projets louables qu'ils avaient eu pour l'Afrique, notre terre, ils n'y avaient jamais inscrit comme vecteurs de développement ou d'épanouissement : la guerre, la famine, les violence de tout genre, la vulgarisation de l'obscurantisme religieux, la domination de l'impérialisme occidental, la pauvreté, etc.

Sankara.jpgAujourd'hui, il n'y a qu'à regarder le spectacle macabre qui accable de nombreux fils de notre continent pour comprendre que ces vaillants combattants de la liberté n'auraient jamais accepté comme toute la jeunesse africaine que le candidat de l'Occident, Alassane Ouattara, leur bras armé en Côte d'Ivoire, puisse être imposé comme président de la Côte d'ivoire quand bien même nous sommes tous témoins de cet échec patent de leur volonté de faire passer en force leur poulain.

Plus que jamais l'Afrique est debout et ses fils ne comptent pas se laisser abuser à nouveau par ses ennemis qui séjournent dans l'art du mensonge et qui manient avec dextérité les formules de déstabilisations les plus nocives. Le film « Francafrique, 50 ans sous le sceau du secret » du réalisateur français Patrick Benquet est bien illustratif.

Par conséquent, que Alassane Ouattara, l'ami des assassins des peuples noirs prenne conscience que l'élection présidentielle de la Côte d'ivoire ne représente rien face au combat pour lequel nous soutenons Laurent Gbagbo. Puis, que celui-ci consomme l'amertume en voie de disparition qu'il a voulu introduire à nouveau sur notre continent. Son attitude qui ne diffère en rien de celle de Pétain ne peut trouver refuge dans une Afrique qui entame une nouvelle ère : celle de voir ses fils et ses filles heureux. Notre continent ne peut plus être la terre des paradoxes au grand enthousiasme de ses ennemis. Aussi, nous faisons, derrière et avec Laurent Gbagbo, le choix d'une Afrique selon Nkame Nkrumah, celui d'une terre et d'un peuple plus que jamais uni face à l'ennemi.

Les erreurs de gestion de Laurent Gbagbo doivent être sanctionnées par les ivoiriens voire par les africains. C'est pourquoi dorénavant nul autre personnage étrange et étranger ne sera invité à jouer les spécialistes de l'Afrique transformés en médiateurs diviseurs. Et comme par hasard, les fameux spécialistes de l'Afrique ne sont jamais des africains. Nous disons non à ces ingérences et à cette mascarade car le linge sale des africains se lavera en Afrique et par les africains.

Qu'à cela ne tienne, retenons que l'histoire politique de notre continent nous enseigne que tous nos grands leaders africains ont connu une fin de vie non enviable mais surtout inhumaine du fait de leur simple volonté de voir l'Afrique forte, prospère et solidaire. Par ailleurs, nous tenons à préciser que nous faisons une différence claire et sans ambiguïté entre les leaders africains, passionnés et amoureux de l'Afrique, des chefs populistes de certains états africains qui n'ont été que de simples valets de l'Occident comme Alassane Ouattara souhaite amplifier ce statut qu'il porte depuis des lustres en Côte d'Ivoire.

C'est-à-dire que tous les grands hommes qui se sont battus pour dire « halte » à l'avancée menaçante et grandissante de l'Afrique ont connu des fins tragiques.

Inutile de rappeler dans quelles conditions sont morts Patrice Lumumba et Thomas Sankara pour ne citer que ces deux cas.

Laurent Gbagbo n'est certainement pas un saint mais il est loin d'être le diable qu'on veuille présenter aux yeux du monde. Par ailleurs il n'est de secret pour personne que depuis plusieurs décennies notre continent est spolié, traumatisé, sacrifié et jeté aux dieux de la pauvreté et de la misère par un groupuscule d'individus sans foi ni loi qui estiment qu'ils doivent décider sur les conditions de vie des milliards êtres humains vivants sur le continent noir. Et, Alassane Ouattara, en siégeant à la présidence de la rébellion qui tue sans honte les habitants de la Côte d'ivoire ne concoure pas à la libération du continent noir mais bien au contraire. Pour quelqu'un qui a exercé dans les antichambres de la mort politique et économique de nos états africains, il devrait savoir d'où provient le mal qui mine et terrasse sa terre.

C'est cet état d'esprit aveuglé, habité par une ambition démesurée et contesté par les africains qui motive et anime l'adhésion massive et sans condition qui est portée à Laurent Gbagbo. Ce dernier n'a pas fait le choix facile et destructeur de l'asservissement mais il a eu une attitude courageuse qui séduit plus d'un, aussi bien des non ivoiriens mais africains ou humanistes que ceux qui n'ont pas voté pour lui.

L'Afrique cherchait au tournant de son histoire, un fils de plus qui aurait eu la force de sonner à nouveau la fin de l'hégémonie occidentale sur son sol. Cet élan invite à une véritable chaîne d'union des africains d'abord et des humanistes si possible aux côtés de Laurent Gbagbo, président légitime et légal de la Côte d'Ivoire.

En plus, les millions de soutiens dont dispose Laurent Gbagbo face à la communauté internationale va inévitablement entraîner une modification des rapports entre les pays occidentaux et l'Afrique toute entière. Souvenons nous que c'est suite à la première guerre du Golf que sont nés les islamistes radicaux, Alcaïda et les attentats du 11 septembre 2001. Puis, avec la deuxième guerre du Golf, nous avons eu le massacre des chrétiens d'Irak qui sont aujourd'hui contraints de fuir. Et plus proche de chez nous, au Mali, nous venons d'apprendre que l'ambassade de France vient de connaître un attentat.

C'est dire que les idées de rejet et de diabolisation de toute personne d'origine occidentale tant à foisonner chez les jeunes générations africaines au grand détriment de la majorité des occidentaux qui ne sont nullement complices de cette politique de spoliation, de domination et de déshumanisation des peuples noirs.

Aussi, nous invitons la fameuse communauté internationale à ne pas susciter ou ressusciter les envies de vengeance ou de légitime défense qui bouillonnent dans chaque africain après avoir visité la période de l'esclavage, de la colonisation et des différentes guerres en Afrique orchestrées et alimentées par les Occidentaux contre les peuples noirs.

En effet, jusqu'à ce que nos souvenirs remontent au plus loin, il n'existe pas encore de sociétés productrices d'armes en Côte d'Ivoire. Donc, chaque menace faite au président Laurent Gbagbo, qui n'est qu'un préalable pour une éventuelle guerre en Côte d'Ivoire, sonne comme une menace faite à tout africain en proie à une soif de liberté.

C'est pourquoi, nous interpellons la vigilance de tous face à la déclaration, révélatrice et maladroite, avancée par Nicolas Sarkozy et reprise par Alain Juppé concernant la présence des militaires français en Côte d'Ivoire. Ils y disent : « Il n'y a aucune ambiguïté : nos soldats, les soldats de la France, n'ont pas vocation à s'ingérer dans les affaires intérieures de la Côte d'Ivoire. Ils agissent en vertu d'un mandat des Nations unies. La «première préoccupation» des soldats de la force française Licorne est «la protection (des) ressortissants» français ».

Nous voyons bien l'intérêt porté par l'ONU et la fameuse communauté internationale aux ivoiriens et aux ivoiriennes tués par les rebelles armés d'Alassane Ouattara. Il nous aurait semblé que ce sont eux qui ont plus besoin de protection. Encore une fois de plus, nous constatons une politique à deux vitesses qui justifie notre volonté indiscutable de laisser les africains résoudre leurs problèmes, si problème y est vraiment.

Enfin, nous affirmons sans complexe et avec force que Laurent Gbagbo, le seul et unique président qui a été élu par le peuple ivoirien et reconnu par la plus haute instance juridique de la République de Côte d'Ivoire lors de la dernière présidentielle est entré royalement dans l'Histoire de l'Afrique. Il fait désormais partir de la liste des libérateurs de notre continent peinant sous le joug de l'ennemi qui n'est autre que les puissances occidentales empaquetées dans l'ONU et ses dérivés.

Dès lors son nom siègera près de ceux de ses prédécesseurs qui avaient courageusement entamé ce combat au début du 20ème siècle. Citons : Nkame Nkrumah, père du panafricanisme, Patrice Lumumba, Sékou Touré, Cheik Anta Diop, Thomas Sankara, Nelson Mandela, Robert Mugabe, Mouammar Kadhafi et dans une outre mesure Omar Bongo Ondimba, après sa prise de conscience et la prononciation de son discours historique du 01 décembre 2007.  »

 

* http://www.lepost.fr/article/2011/01/09/2365155_laurent-gbagbo-sur-la-voie-de-lumumba-et-sankara.html

 

Pierre Scherb

 

Lien pour prendre contact : www.pierrescherb.ch

 

10:22 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : côte d'ivoire |  Facebook | | | |

Commentaires

Cher Monsieur,

Vous êtes constituant et candidat au Conseiller municipal.

La côte d'Ivoire, dont vous nous parlez depuis des semaines, a-t-elle un rapport avec votre campagne électorale ? Cherchez-vous à attirer les voix des Ivoiriens de Genève ?

Écrit par : Pierre Vautier | 28 janvier 2011

Cher Monsieur,

Vous êtes constituant et candidat au Conseiller municipal.

La côte d'Ivoire, dont vous nous parlez depuis des semaines, a-t-elle un rapport avec votre campagne électorale ? Cherchez-vous à attirer les voix des Ivoiriens de Genève ?

Écrit par : Pierre Vautier | 28 janvier 2011

Cher Monsieur Pierre Vautier,

Je vous remercie de votre intérêt à mon blog et de votre commentaire. Il n'y a aucun rapport entre la Côte d'Ivoire et ce qui se passe à Genève. Je vous rappelle cependant que j'écris pour être lu. Or, je constate beaucoup de visites sur mon blog lorsque j'écris sur la Côte d'Ivoire et peu lorsque j'écris sur la constituante.

Meilleures salutations.

Écrit par : Pierre Scherb | 28 janvier 2011

Nous prions pour la Côte d'Ivoire! Merci monsieur pour vos articles intéressants.

Écrit par : kim | 28 janvier 2011

Je le répète, Ouatara est dans un hôpital parisien depuis 10 jours, et vous ne le reverrez pas de sitôt !

Le coup d'état français à loupé, il s'agissait d'un deal entre les islamistes maliens, nigériens ; uranium contre Côte d'Ivoire !

Écrit par : Corto | 28 janvier 2011

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