12 avril 2014

TROP TARD

De Sully Prudhomme

Nature, accomplis-tu tes oeuvres au hasard,

Sans raisonnable loi, ni prévoyant génie?

Ou bien m’as-tu donné par cruelle ironie

Des lèvres et des mains, l’ouïe et le regard?

Il est tant de saveurs dont je n’ai point ma part,

Tant de fruits à cueillir que le sort me dénie!

Il voyage vers moi tant de flots d’harmonie,

Tant de rayons, qui tous m’arriveront trop tard!

Et si je meurs sans voir mon idole inconnue,

Si sa lointaine voix ne m’est point parvenue,

À quoi m’auront servi mon oreille et mes yeux?

À quoi m’aura servi ma main hors de la sienne?

Mes lèvres et mon coeur, sans qu’elle m’appartienne?

Pourquoi vivre à demi quand le néant vaut mieux?

14:36 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

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