17 avril 2014

L’ÉTRANGER

SONNET, de Sully Prudhomme

Je me dis bien souvent: De quelle race es-tu?

Ton coeur ne trouve rien qui l’enchaîne ou ravisse,

Ta pensée et tes sens, rien qui les assouvisse:

Il semble qu’un bonheur infini te soit dû.

Pourtant, quel paradis as-tu jamais perdu?

À quelle auguste cause as-tu rendu service?

Pour ne voir ici-bas que laideur et que vice,

Quelle est la beauté propre et la propre vertu?

À mes vagues regrets d’un ciel que j’imagine,

À mes dégoûts divins, il faut une origine:

Vainement je la cherche en mon coeur de limon,

Et, moi-même étonné des douleurs que j’exprime,

J’écoute en moi pleurer un étranger sublime

Qui m’a toujours caché sa patrie et son nom.

05:25 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

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