16 juillet 2015

Une clarification bienvenue

Monsieur Thierry de Saussure, théologien protestant et psychanalyste genevois, a mis le doigt sur une faute de français fâcheuse et de plus en plus répandue, en écrivant son courrier de lecteurs dans la Tribune de Genève (TdG) de ce jour. N’étant pas de langue maternelle française, j’avais commencé à croire qu’il s’agissait d’une particularité de la langue de Voltaire qui m’avait apparemment échappé durant mes études. Que nenni!

Quelle est la faute de français qu’il relève? C’est l’utilisation de deux sujets (qui, il) pour un seul verbe. Au lieu d’écrire “de ce qui se produit”, la faute consiste à écrire “de ce qu’il se produit”. Thierry de Saussure a trouvé la phrase qu’il utilise pour illustrer sa pensée dans la TdG du 7 juillet: “En utilisant cette monnaie (le léman), les habitants contribueront à la construction de leur région et se rapprocheront de ce qu’il se produit sur leur territoire.”

Voici l’enseignement que je tire de ce courrier de lecteur: il vaut mieux faire confiance à son propre intuition (et à une recherche dans son Grevisse), avant de copier les bizarreries lues dans les journaux.

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Commentaires

Grévisse et moi ne partageons pas l'avis tranché de Monsieur de Saussure.

Voici ce qu'en dit Grévisse: "Avec les verbes susceptibles d'être construits impersonnellement, il y a parfois hésitation entre "qu'il" (construction impersonnelle) et "qui" (construction personnelle); dans la construction impersonnelle, "que" est tantôt complément d'un infinitif exprimé ou sous-entendu après lui: "Nous ferons le chemin ""QU'il" reste à parcourir". "Je fais ce "QU'il" me plaît (de faire), tantôt sujet logique: "Il arrivera ce qu'il arrivera".

Parmi de nombreux exemples, Grévisse en donne un avec un verbe pronominal:

"Ce "QU'IL" se passa, je l'ignore" (E. Henriot, Le Livre de mon père, p. 256).

Il est à mon avis licite de voir les choses comme ça:

Dans la tournure "il se passa quelque chose", "il" est le sujet, "se passa" est le verbe pronominal, "quelque chose" est le complément d'objet direct. Dans la tournure "ce qu'il se passa", "qu'il se passa" est une proposition relative dont "il"reste le sujet, "se passa" reste le verbe, et le complément d'objet direct est "que", pronom relatif mis pour "ce", qui le précède.

Dans la tournure "j'ignore ce qu'il se passa", "j" est le sujet de la proposition principale, "ignore" est le verbe de la principale, et "ce" est le complément d'objet direct de la principale.

Henriot procède en outre à une inversion, pour accentuer, je pense, le fait qu'il ignore ce qu'il se passa. Pour réaliser cette inversion, il recourt au "l'" dont il fait un attribut du "ce".

Il se produit quelque chose sur le territoire des habitants de leur région. En utilisant cette monnaie, ils contribueront à la construction de leur région et se rapprocheront de ce qu'il se produit: "qu'il se produit" proposition relative introduite par le pronom relatif "que", mis pour "ce" qui le précède, dont le verbe est "se produit", le sujet impersonnel "il".

La tournure proposée par Monsieur de Saussure est correcte, mais celle qu'il dénonce me semble l'être aussi, sans qu'il y ait une quelconque nuance de sens.

Mon Grévisse est la onzième édition. Les citations que j'en tire s'y trouvent au numéro 1201.

Écrit par : weibel | 16 juillet 2015

Les journalistes utilisent de plus en plus les deux formes interrogatives en même temps :
- Est-ce que l'usage de ceci est correct ?
- L'usage de ceci est-il correct ?
deviennent :
- Est-ce que l'usage de ceci est-il correct ?
Il paraît qu'à l'université en fac de lettres, on est obligé de leur apprendre le b-a ba du français. Mais tout va bien, on est multicultu et donc on renonce à notre langue pour parler le sabir des autres. On va appeler ça le créole de la radio...

Écrit par : Géo | 17 juillet 2015

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