29 juin 2011

Goebbels le trouvait trop brutal (fin)

 

Alfred Court avait déjà subi une attaque de sept tigres contre deux dompteurs, attaque qui avait coûté la vie à son collègue Mollier, lorsqu'il s'est produit au « Wintergarten » de Berlin, à l'époque le music-hall le plus côté de l'Europe, selon lui. Son directeur Schuck lui a dit : « Pour vos débuts, je vous annonce des spectateurs de choix : le Führer, Goering et Goebbels ». Cependant Hitler ne venait pas.

 

Court se rappelle :

 

« Avant le souper organisé par le Wintergarten, Schuck me présenta à Goering et à Goebbels, et nous échangeâmes quelques mots de politesse. Entendant mon accent qui, je le concède, n'a rien de berlinois, Goebbels me demanda : « De quelle nationalité êtes-vous ? » Je répondis : « Franzose » et il eut une sorte de sourire assez méprisant. Goering lui, ne fit pas la moue, me félicita chaleureusement et s'excusa de ne pouvoir rester davantage. »

 

C'est finalement lors du souper qui suivait le spectacle qu'Alfred Court a entendu dire Goebbels qu'il le trouvait trop brutal avec les animaux, contrairement aux dompteurs allemands et que c'était probablement une question de race et d'atavisme. Et puis, s'adressant à Alfred Court directement, Goebbels poursuivit :

 

« J'ai vu, chez Sarrassani, un de nos dompteurs, Havemann, qui travaille sans fouet, avec une simple canne. Ne pourriez-vous faire de même ? Il me semble que ce serait plus humain !

 

Je lui exposai que ce qui était possible avec un petit groupe d'animaux de même espèce ne l'est pas avec un groupe mixte où toutes les races de fauves sont mélangées. Aussitôt il enchaîna, comme s'il parlait devant le micro : 'Havemann n'a que des lions. Voilà la vraie solution ! Une seule race, c'est toujours préférable ! Regardez chez nous, il n'y a qu'une race : les Allemands. Vous voyez comment cela marche en Allemagne ! S'il n'y avait au monde qu'une race, il n'y aurait pas de guerre.' »

 

Folie, quand tu nous tiens !

 

Pierre Scherb

 

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28 juin 2011

Goebbels le trouvait trop brutal (2)

 

Alfred Court a accepté les excuses de son dompteur Sam avec la promesse qu'une telle situation ne se répéterait plus. Le fait qu'il n'avait pas trouvé de remplaçant y avait-t-il joué un rôle ? Toujours est-il que, se disant « qui a bu boira » il a commençé à observer le travail avec les lions.

 

Le lendemain, Sam l'invita à le rejoindre dans la cage durant la répétition et Alfred Court accepta Même pas une semaine plus tard, le dompteur était encore ivre et fut donc congédié. Alfred Court acheta son costume et les lions. Il mit le costume et appela les lions qui semblaient croire être en face de Sam.

 

Les lions avaient l'air de ne pas remarquer la chair de poule d'Alfred Court et faire tout seul leur spectacle jusqu'au moment où Néron, le plus féroce des quatre lions, après un saut, aurait dû regagner sa place.

 

Court raconte : « Perplexe, je m'approchai du bord de la cage pour essuyer ma figure ruisselante de sueur et Johny, le garçon de Sam, eut l'esprit de me dire si vous voulez que Néron descende, je crois qu'il faut lui donner un léger coup de fouet sur, les fesses...

 

Je n'avais jamais remarqué, que Sam en usât ainsi, sauf à la fin du numéro. Que faire ? J'étais dans la danse, il fallait danser. Je repris donc ma position et, en même temps que je criais le commandement, j'essayai de donner à Néron un coup de fouet ... je le manquai. Deuxième essai, je le manquai encore ... Néron, là-haut, rugissait toujours. Je ne l'avais jamais entendu grogner aussi fort. Je finis par perdre mon sang-froid. et, m'approchant plus près, un peu trop près cette fois, lui décochai un violent coup de fouet. D'un seul bond, renversant la pyramide, Néron sauta et traversa la piste au galop je fis de même en sens opposé... Il ne s'occupa nullement de moi. Mais, rugissant à faire trembler les toiles, il alla s'asseoir sur son tabouret.

 

Ouf ! je ramassai la lourde pyramide, surveillant mon gaillard du coin de l'œil. Ses énormes pattes tremblaient. Comme un éclair une pensée me traversa l'esprit : dans ce métier, quelqu'un doit avoir peur, les lions ou le dompteur. Il vaut mieux que ce soient les lions ! J'avais trouvé la 'clef'. »

 

A suivre

 

 

Pierre Scherb

 

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27 juin 2011

Goebbels le trouvait trop brutal

 

Pour rédiger un texte, il est toujours bon de savoir ce que les autres écrivent et comment ils le font. Je tombe ainsi sur les mémoires d'Alfred Court intitulées « La cage aux fauves ».

 

Il y décrit comment il est devenu dompteur, à 35 ans. Il était alors directeur de cirque lorsque, durant l'entracte, on est venu lui souffler à l'oreille que Sam, le dompteur, était ivre mort. Il a découvert peu après des morceaux de viande : le repas que les lions avaient l'habitude de recevoir après le spectacle. Il a immédiatement pris la décision de la leur donner sous le chapiteau.

 

Les lions entrèrent dans la cage, circonspects. Découvrant la viande, ils se jetèrent dessus et se livrèrent à une bataille forcenée, rugissant, lâchant et reprenant à tour de rôle une pièce de viande, les poils de leur crinière noire volant en l'air par paquets !

 

Court poursuit : « L'un d'eux, la viande dans la gueule, fit un bond fantastique, presque jusqu'au haut de la cage. Il y eut un cri dans la salle, un commencement de panique, mais qui fut de courte durée. L'autre lion, suivant de près son antagoniste, lui sauta dessus, lui mordit la queue à pleines dents et tous deux retombèrent lourdement dans l'arène. La cage centrale chancela et je crus qu'elle allait se plier en portefeuille ; enfin, après cinq minutes de lutte farouche, chacun, ayant finalement sa part, la dévora à belles dents. Le repas fini, la bagarre recommença pour la possession des os et ce n'est qu'un quart d'heure plus tard, par des coups de revolver tirés à blanc, que nous pûmes faire réintégrer aux lions leurs sabots où ils arrivèrent la gueule ensanglantée, les flancs lacérés par les griffes.

 

Jamais je n'avais vu une échauffourée pareille, le publie non plus. Personne ne parut regretter que les lions n'eussent pas travaillé. Ce spectacle excitant avait produit, devant ce public à demi sauvage (il est au Mexique, en 1917), une réelle sensation. »

 

A suivre

 

 

Pierre Scherb

 

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