Littérature

  • Grandir et devenir adulte selon Rudyard Kipling: Si…

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    Christina Meissner dont nous venons d'annoncer son exclusion de l'UDC, nous rappelle ce poème. Elle dit faire sienne les paroles:

    Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
    Travesties par des gueux pour exciter des sots,
    Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
    Sans mentir toi-même d'un mot ;
    Si tu peux rester digne en étant populaire,
    Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
    Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
    Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;


    Si tu sais méditer, observer et connaître,
    Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
    Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
    Penser sans n'être qu'un penseur ;
    Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
    Si tu peux être brave et jamais imprudent,
    Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
    Sans être moral ni pédant ;
    Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
    Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
    Si tu peux conserver ton courage et ta tête
    Quand tous les autres la perdront,
    Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
    Seront tous jamais tes esclaves soumis,
    Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,
    Tu seras un homme, mon fils.

    Rudyard KIPLING

    Photo de Rudyard Kipling

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  • Goebbels le trouvait trop brutal

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    Le quotidien Le Temps nous a appris que Die Weltwoche s'était intéressé à Hermann Göring à cause d'une biographie que son rédacteur en chef avait lu récemment. J'avais moi-même mentionné Joseph Goebbels dans une note de ce blog écrit en 2011 et que je reproduis à présent:

    Pour rédiger un texte, il est toujours bon de savoir ce que les autres écrivent et comment ils le font. Je tombe ainsi sur les mémoires d'Alfred Court intitulées « La cage aux fauves ».

    Il y décrit comment il était devenu dompteur, à 35 ans. Il était alors directeur de cirque lorsque, durant l'entracte, on était venu lui souffler à l'oreille que Sam, le dompteur, était ivre mort. Il a découvert peu après des morceaux de viande : le repas que les lions avaient l'habitude de recevoir après le spectacle. Il a immédiatement pris la décision de la leur donner sous le chapiteau.

    Les lions entrèrent dans la cage, circonspects. Découvrant la viande, ils se jetèrent dessus et se livrèrent à une bataille forcenée, rugissant, lâchant et reprenant à tour de rôle une pièce de viande, les poils de leur crinière noire volant en l'air par paquets !

    Court poursuit : « L'un d'eux, la viande dans la gueule, fit un bond fantastique, presque jusqu'au haut de la cage. Il y eut un cri dans la salle, un commencement de panique, mais qui fut de courte durée. L'autre lion, suivant de près son antagoniste, lui sauta dessus, lui mordit la queue à pleines dents et tous deux retombèrent lourdement dans l'arène. La cage centrale chancela et je crus qu'elle allait se plier en portefeuille ; enfin, après cinq minutes de lutte farouche, chacun, ayant finalement sa part, la dévora à belles dents. Le repas fini, la bagarre recommença pour la possession des os et ce n'est qu'un quart d'heure plus tard, par des coups de revolver tirés à blanc, que nous pûmes faire réintégrer aux lions leurs sabots où ils arrivèrent la gueule ensanglantée, les flancs lacérés par les griffes.

    Jamais je n'avais vu une échauffourée pareille, le publie non plus. Personne ne parut regretter que les lions n'eussent pas travaillé. Ce spectacle excitant avait produit, devant ce public à demi sauvage (il est au Mexique, en 1917), une réelle sensation. »

    A suivre

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  • Les apprentis sorciers de Genève*

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    Enfin, il s’est donc absenté, le vieux maître sorcier ! Et maintenant c’est à moi aussi de commander à ses Esprits ; j’ai observé ses paroles et ses œuvres, j’ai retenu sa formule, et, avec de la force d’esprit, moi aussi je ferai des miracles.
    Que pour l’œuvre l’eau bouillonne et ruisselle, et s’épanche en bain à large seau !
    Et maintenant, approche, viens, viens, balai ! prends-moi ces mauvaises guenilles ; tu as été domestique assez longtemps ; aujourd’hui songe à remplir ma volonté ! Debout sur deux jambes, une tête en haut, cours vite, et te dépêche de m’aller chercher de l’eau !
    Que pour l’œuvre l’eau bouillonne et ruisselle, et s’épanche en bain à large seau !
    Bravo ! il descend au rivage : en vérité, il est déjà au fleuve, et, plus prompt que l’éclair, le voilà ici de retour avec un flot rapide. Déjà, une seconde fois ! comme chaque cuve s’enfle ! comme chaque vase s’emplit jusqu’au bord !
    Arrête, arrête ! car nous avons assez de tes services. — Ah ! je m’en aperçois ! — Malheur ! Malheur ! j’ai oublié le mot !
    Ah ! la parole qui le rendra enfin ce qu’il était tout à l’heure ? Il court et se démène ! Fusses-tu donc le vieux balai ! Toujours de nouveaux seaux qu’il apporte ! Ah ! et cent fleuves se précipitent sur moi.
    Non ! je ne puis le souffrir plus longtemps ; il faut que je l’empoigne ! C’est trop de malice ! Ah ! mon angoisse augmente ! Quelle mine ! quel regard !
    Engeance de l’enfer ! faut-il que la maison entière soit engloutie ? Je vois sur chaque seuil courir déja des torrents d’eau. Un damné balai qui ne veut rien entendre ! Bûche que tu étais, tiens-toi donc tranquille !
    Si tu n’en finis pas, prends garde que je ne t’empoigne, et ne fende ton vieux bois au tranchant de la hache !
    Oui-dà ! le voilà qui se traîne encore par ici ! Attends, que je t’attrape ! Un moment, Kobold, et tu seras par terre. Le tranchant poli de la hache l’atteint. Il craque ! bravo, vraiment fort bien touché ! Voyez, il est deux ! et maintenant j’espère et je respire !
    Malheur ! Malheur ! deux morceaux s’agitent maintenant, et s’empressent comme des valets debout pour le service ! à mon aide, puissances supérieures !
    Comme ils courent ! De plus en plus l’eau gagne la salle et les degrés, quelle effroyable inondation ! Seigneur et Maître ! entends ma voix ! — Ah ! voici venir le maître ! Maître, le péril est grand ; les Esprits que j’ai évoqués, je ne peux plus m’en débarrasser.
    « Dans le coin, balai ! balai ! que cela finisse, car le vieux maître ne vous anime que pour vous faire servir à ses desseins. »

    Et quel vieux maître aidera la gauche de Genève à se débarrasser des esprits qu’elle a appelés ?

    * L’Apprenti sorcier, poème de Johann Wolfgang von Goethe, traduction de Henri Blaze

    Photo: les vandales à Genève

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  • Tu es plus belle que le ciel et la mer

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    Blaise Cendrars et moi-même nous ressemblons. Nous avons le même poids. J'admets qu'il y a aussi quelques différences entre nous. Il est par exemple le seul à pouvoir écrire un poème tel que:

    Tu es plus belle que le ciel et la mer

    Quand tu aimes il faut partir
    Quitte ta femme quitte ton enfant
    Quitte ton ami quitte ton amie
    Quitte ton amante quitte ton amant
    Quand tu aimes il faut partir

    Le monde est plein de nègres et de négresses
    Des femmes des hommes des hommes des femmes
    Regarde les beaux magasins
    Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre
    Et toutes les belles marchandises

    II y a l’air il y a le vent
    Les montagnes l’eau le ciel la terre
    Les enfants les animaux
    Les plantes et le charbon de terre

    Apprends à vendre à acheter à revendre
    Donne prends donne prends

    Quand tu aimes il faut savoir
    Chanter courir manger boire
    Siffler
    Et apprendre à travailler

    Quand tu aimes il faut partir
    Ne larmoie pas en souriant
    Ne te niche pas entre deux seins
    Respire marche pars va-t’en

    Je prends mon bain et je regarde
    Je vois la bouche que je connais
    La main la jambe l’œil
    Je prends mon bain et je regarde

    Le monde entier est toujours là
    La vie pleine de choses surprenantes
    Je sors de la pharmacie
    Je descends juste de la bascule
    Je pèse mes 80 kilos
    Je t’aime

    http://blog.pierrescherb.ch/2016/07/tu-es-plus-belle-que-le-ciel-et-la-mer.html

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  • Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage

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    L'été, temps de voyages et d'heureux retours à la maison.
    Profitons un instant pour savourer cette saison.
    Soyons heureux comme Ulysse qui a fait un beau voyage.
    De Joachim du Bellay:

    Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
    Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
    Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
    Vivre entre ses parents le reste de son âge !

    Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
    Fumer la cheminée, et en quelle saison
    Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
    Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?

    Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,
    Que des palais Romains le front audacieux,
    Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine :

    Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
    Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
    Et plus que l’air marin la doulceur angevine

    http://blog.pierrescherb.ch/2016/07/heureux-qui-comme-ulysse-fait-un-beau.html

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  • LE TEMPS PERDU

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    SONNET de Sully Prudhomme

    Si peu d’oeuvres pour tant de fatigue et d’ennui!

    De stériles soucis notre journée est pleine:

    Leur meute sans pitié nous chasse à perdre haleine,

    Nous pousse, nous dévore, et l’heure utile a fui…

    «Demain! j’irai demain voir ce pauvre chez lui,

    «Demain je reprendrai ce livre ouvert à peine,

    «Demain, je te dirai, mon âme, où je te mène,

    «Demain je serai juste et fort… Pas aujourd’hui.»

    Aujourd’hui, que de soins, de pas et de visites!

    Oh! l’implacable essaim des devoirs parasites

    Qui pullulent autour de nos tasses de thé!

    Ainsi chôment le coeur, la pensée et le livre,

    Et pendant qu’on se tue à différer de vivre,

    Le vrai devoir dans l’ombre attend la volonté.

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  • L’ÉTRANGER

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    SONNET, de Sully Prudhomme

    Je me dis bien souvent: De quelle race es-tu?

    Ton coeur ne trouve rien qui l’enchaîne ou ravisse,

    Ta pensée et tes sens, rien qui les assouvisse:

    Il semble qu’un bonheur infini te soit dû.

    Pourtant, quel paradis as-tu jamais perdu?

    À quelle auguste cause as-tu rendu service?

    Pour ne voir ici-bas que laideur et que vice,

    Quelle est la beauté propre et la propre vertu?

    À mes vagues regrets d’un ciel que j’imagine,

    À mes dégoûts divins, il faut une origine:

    Vainement je la cherche en mon coeur de limon,

    Et, moi-même étonné des douleurs que j’exprime,

    J’écoute en moi pleurer un étranger sublime

    Qui m’a toujours caché sa patrie et son nom.

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  • TROP TARD

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    De Sully Prudhomme

    Nature, accomplis-tu tes oeuvres au hasard,

    Sans raisonnable loi, ni prévoyant génie?

    Ou bien m’as-tu donné par cruelle ironie

    Des lèvres et des mains, l’ouïe et le regard?

    Il est tant de saveurs dont je n’ai point ma part,

    Tant de fruits à cueillir que le sort me dénie!

    Il voyage vers moi tant de flots d’harmonie,

    Tant de rayons, qui tous m’arriveront trop tard!

    Et si je meurs sans voir mon idole inconnue,

    Si sa lointaine voix ne m’est point parvenue,

    À quoi m’auront servi mon oreille et mes yeux?

    À quoi m’aura servi ma main hors de la sienne?

    Mes lèvres et mon coeur, sans qu’elle m’appartienne?

    Pourquoi vivre à demi quand le néant vaut mieux?

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  • LA VOLUPTÉ

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    SONNET, de Sully Prudhomme


    Deux êtres asservis par le désir vainqueur,

    Le sont jusqu’à la mort, la Volupté les lie.

    Parfois, lasse un moment, la geôlière s’oublie,

    Et leur chaîne les serre avec moins de rigueur.

    Aussitôt, se dressant tout chargés de langueur,

    Ces pâles malheureux sentent leur infamie;

    Chacun secoue alors cette chaîne ennemie,

    Pour la briser lui-même ou s’arracher le coeur.

    Ils vont rompre l’acier du noeud qui les torture,

    Mais Elle, au bruit d’anneaux qu’éveille la rupture,

    Entr’ouvre ses longs yeux où nage un deuil puissant,

    Elle a fait de ses bras leur tombe ardente et molle:

    En silence attiré, le couple y redescend,

    Et l’éphémère essaim des repentirs s’envole…

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  • Un peu de poésie

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    PÈLERINAGES (Sully Prudhomme)


    En souvenir je m’aventure

    Vers les jours passés où j’aimais,

    Pour visiter la sépulture

    Des rêves que mon coeur a faits.

    Cependant qu’on vieillit sans cesse,

    Les amours ont toujours vingt ans,

    Jeunes de la fixe jeunesse

    Des enfants qu’on pleure longtemps.

    Je soulève un peu les paupières

    De ces chers et douloureux morts;

    Leurs yeux sont froids comme des pierres

    Avec des regards toujours forts.

    Leur grâce m’attire et m’oppresse,

    En dépit des ans révolus

    Je leur ai gardé ma tendresse;

    Ils ne me reconnaîtraient plus.

    J’ai changé d’âme et de visage;

    Ils redoutent l’adieu moqueur

    Que font les hommes de mon âge

    Aux premiers rêves de leur coeur;

    Et moi, plein de pitié, j’hésite,

    J’ai peur qu’en se posant sur eux

    Mon baiser ne les ressuscite:

    Ils ont été trop malheureux.

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